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Il y a presque un an, lors d’une journée technique à Itterswiller, Bruno Guillet, ingénieur agronome et œnologue chez Gresser Œnologie, a offert une exploration détaillée des produits organiques utilisés en viticulture. Sa présentation a mis en lumière la vaste diversité et la complexité de ces matières organiques, essentielles pour enrichir les sols et améliorer la qualité des vignobles. Les matières organiques, issues de la photosynthèse, incluent une large gamme de produits tels que les fumiers, composts, digestats, bois raméal fragmenté (BRF), sarments, pailles, marcs, et farines de plume. Chaque type de matière organique possède des caractéristiques uniques qui influencent leur comportement dans le sol, nécessitant une compréhension approfondie pour une utilisation optimale. Cette diversité permet aux vignerons de choisir des produits adaptés à leurs besoins spécifiques, qu’il s’agisse de fertilisation, d’amélioration de la structure du sol ou de stimulation de la vie microbienne.

Des ressources variées et complémentaires

Les fumiers et composts sont parmi les produits organiques les plus couramment utilisés en viticulture. Les fumiers, souvent riches en matière organique, varient considérablement en composition et en stabilité, ce qui peut rendre leur comportement dans le sol difficile à prévoir. Les composts, en revanche, sont des matières organiques stabilisées par un processus de décomposition aérobie, les rendant plus stables et moins réactifs dans le sol. Les digestats, produits par la méthanisation, sont une forme relativement nouvelle de matière organique stabilisée par un processus anaérobie. Ils sont souvent très humides, nécessitant un séchage avant utilisation, et leur composition peut varier en fonction des matières premières utilisées. Les digestats offrent une alternative intéressante aux composts traditionnels, bien qu’ils nécessitent une gestion attentive pour maximiser leurs bénéfices.

Stimuler la vie du sol et améliorer la structure

Le bois raméal fragmenté (BRF), composé de petits fragments de bois jeune, et les sarments, résidus de taille de la vigne, sont des sources précieuses de matière organique pour les vignerons. Le BRF est particulièrement apprécié pour sa capacité à stimuler la vie du sol et à améliorer sa structure, favorisant ainsi une meilleure rétention d’eau et une aération accrue. Les sarments, quant à eux, sont une ressource de base pour les vignerons, riche en matière organique et facilement disponible. Ils sont souvent utilisés pour enrichir le sol et peuvent être compostés pour augmenter leur stabilité. Ces matières organiques jouent un rôle crucial dans la promotion d’un sol sain et productif, essentiel pour la croissance des vignes.

Un indicateur clé pour la gestion des sols

L’Indice de Stabilité de la Matière Organique (ISMO) est un indicateur crucial pour évaluer la stabilité des matières organiques dans le sol. Il mesure la quantité de matière organique restante après un an d’épandage, fournissant ainsi une indication précieuse sur la durabilité et l’impact potentiel de ces matières sur la fertilité du sol. Un ISMO élevé signifie une matière organique stable, idéale pour enrichir le sol en matière organique libre et liée, tandis qu’un ISMO faible indique une dégradation rapide, libérant des éléments nutritifs et de l’énergie pour le sol. Cet indice permet de classer les matières organiques en trois catégories : stables, intermédiaires et fugaces, chacune ayant des rôles spécifiques dans la gestion des sols viticoles.

Un processus complexe mais essentiel pour la fertilité

La minéralisation de l’azote est un processus clé pour la fertilité du sol, car elle détermine la disponibilité des nutriments pour les plantes. Les matières organiques peuvent soit libérer de l’azote, soit l’immobiliser temporairement, influençant ainsi la croissance des cultures. Les fumiers, par exemple, peuvent immobiliser l’azote pendant les premières semaines après l’épandage, mais le libèrent ensuite, offrant ainsi un apport nutritif différé. Les composts, en revanche, offrent une libération plus stable et prévisible de l’azote, ce qui est particulièrement bénéfique pour les cultures nécessitant un apport constant en nutriments. Comprendre ce processus est essentiel pour optimiser l’utilisation des produits organiques et maximiser les bénéfices pour les cultures viticoles.

Une approche personnalisée

Prévoir le comportement des matières organiques dans le sol est une tâche complexe qui nécessite souvent des analyses de laboratoire coûteuses. Ces analyses fournissent des informations précieuses sur la dynamique de minéralisation des produits organiques, permettant ainsi de simuler leur comportement en fonction des conditions météorologiques spécifiques. Cette approche personnalisée aide les vignerons à choisir les produits organiques les plus adaptés à leurs parcelles, en tenant compte de l’ISMO, de la composition des matières organiques et des conditions environnementales spécifiques. En adoptant une gestion personnalisée des matières organiques, les vignerons peuvent améliorer la santé de leurs sols, augmenter la productivité de leurs vignes et produire des vins de haute qualité.

En conclusion, les produits organiques jouent un rôle crucial dans la gestion des sols viticoles. Leur diversité et leur complexité nécessitent une compréhension approfondie pour optimiser leur utilisation. Les vignerons doivent prendre en compte l’ISMO, la composition des matières organiques et les conditions météorologiques pour maximiser les bénéfices de ces produits. En fin de compte, il n’existe pas de solution unique ; chaque parcelle nécessite une approche personnalisée pour répondre à ses besoins spécifiques, améliorant ainsi la santé des sols et la qualité des vins.